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L'islam est-il si dangereux qu'on le dit ?
Fiche de Lecture (inachevée!)
L'ISLAM MONDIALISE OLIVIER ROY
Son travail
fait l'objet de vives critiques, concernant le manque de références
bibliographiques, mais aussi et surtout concernant son diagnostic d'échec
relatif à l'islam politique : on lui reproche de parler d'échec de l'islam dans
un contexte de ré-islamisation des sociétés occidentales, de recrudescence des
attentats terroristes et après la réussite de la révolution islamique en Iran.
D'abord formulée dans "L'échec de l'islam politique" publié en
1992, l'idée est réitérée par Olivier Roy dans ses différents ouvrages, et
L'islam mondialisé ne fait pas exception, éliminant tout rapport entre la
ré-islamisation sous forme de reconstruction identitaire des jeunes déracinés
en Occident et l'échec du projet de construction d'un Etat islamique. Le débat
se cristallise autour de la question de savoir si la pénétration de l'islam en
occident est une conséquence de la ré-islamisation, d'un expansionnisme, donc
d'une réussite de l'islam, ou si elle est au contraire la résultante d'une mondialisation
de ses idées et pratiques, donc d'une assimilation de l'islam à l'occident… La redéfinition des pratiques quant à elle, tend à faire du jihad une des cinq obligations personnelles du croyant, inscrivant la violence dans le phénomène de passage à l'Ouest de l'islam. Pourtant, si de nombreux conflits mettent en jeu des musulmans, Olivier Roy tient à souligner qu'ils sont en général déterminés par des faits ethniques ou nationaux, quand bien même ils mobilisent une symbolique islamiue : au Kosovo, en Tchétchénie ou en Palestine. Soulignant qu'il s'agit souvent de "lignes de fracture" entre le Nord et le Sud, entre l'Europe et le Tiers-Monde, donc à la périphérie du monde musulman, séquelles parfois tardives de la décolonisation, il place le radicalisme islamique dans une tradition anti-impérialiste née d'espaces d'exclusion. Les formes même de combat et leurs cibles, sont occidentales, tandis que leurs militants souvent kamikazes sont issus en grande partie de ces zones d'exclusion occidentales, après avoir suivi une réislamisation individuelle et avoir coupé tout lien avec leur famille. Les néo-fondamentalistes se sont presque toujours mis à la marge de la communauté religieuse et récusant leur culture traditionnelle, ne se reconnaissent aucun maître en islam. Leur lutte ne prévoit pas la mise en place d'un système alternatif, mais s'inscrit uniquement dans une contestation permanente de l'impérialisme occidental. Donc selon Olivier Roy, il faut distinguer dans ce combat la "radicalisation propre au déracinement, à l'acculturation et à la recomposition identitaire, d'une part, et la violence au Proche-Orient, d'autre part, qui mêle un nationalisme moderne, mâtiné de panarabisme, avec un retour de l'anti-impérialisme et du Tiers-Mondisme…"
Par l'intégration au jeu politique, les islamistes prétendent apporter une réponse idéologique aux catégories sociales déshéritées face au clientélisme ou au clanisme, et développent leur politisation à travers des mesures sociales qui visent à homogénéiser la société : fusion de l'Etat et du clergé, éducation étendue ou brassage des classes (page 41). Pourtant, ces mouvements islamiques ne représentent jamais plus de 20% des voix, ce qui témoigne de leur banalisation. L'islamisme est une consécration du politique par rapport au religieux : il intègre le pluripartisme et envisage l'alliance avec des forces non islamistes. Au pouvoir, il devient conservateur et construit sa politique sur une "police des mœurs" motivée par l'interdit et la limitation (modèle de culture réactif contre l'impérialisme occidental). Il y a une laïcisation de l'espace dans lequel les pratiques religieuses se développent : dans certains cas, c'est l'Etat lui-même qui impulse une réislamisation conservatrice. Le nombre de diplômés en religion augmente, ce qui explique une islamisation du droit et des institutions, ceux-ci cherchant à valoriser leurs diplômes. En définitive, l'instauration de la charia et de tribunaux chariatiques, l'étatisation des écoles religieuses, voire la reprise en main ou l'interdiction des réseaux religieux, consacrent l'avènement d'un islam officiel contre la prédication sauvage. Le panislamisme s'en trouve dominé par une conception laïque de l'Etat, de la Nation, ce qui explique la naissance de ce qu'Olivier Roy appelle un post-islamisme ou néo-fondamentalisme, qui dans une optique anti-étatique, défend une conception privée de l'islam. Les néo-fondamentalistes, dont les talibans sont un très bon exemple, apportent un modèle islamique compatible avec la globalisation et le libéralisme économique qui prône l'argent bien acquis : le pouvoir est maintenu dans une société non gérée, sans chef de l'Etat, régulée uniquement par l'interdit (mœurs et morale), avec suprématie de la Charia, prononcée par des juges chariatiques qui se retrouvent très vite confrontés au problème que la charia ne tient aucunement compte des principes juridiques d'un Etat moderne. Les néo-fondamentalistes sont l'exemple de l'échec de l'islam politique et de la crise de l'Etat islamique, car ils expriment une réislamisation individuelle que l'Etat ne contrôle plus. L'islam se déterritorialise alors pour glisser vers des concepts occidentaux proche de l'idéologie libérale des chrétiens fondamentalistes américains… Chez les musulmans en occident, surtout en ce qui concernent les jeunes, deuxième ou troisième génération née en occident, on observe un phénomène global de recomposition identitaire qui s'effectue à partir de valeurs occidentales. Les jeunes musulmans occidentaux s'éloignent du pays et de la culture d'origine et subissent une déculturation par leur passage à l'ouest. La mondialisation universitaire, ainsi que les lois plus laxistes sur la nationalité, participent à une reformulation du fondamentalisme traditionnel, dont les nouvelles expressions vont s'inscrire dans la globalisation. La référence culturelle est en crise, et le jeune musulman qui ne s'adapte pas ou n'est pas assimilé par le modèle dominant, crée de nouvelles identités qui s'incarnent dans des "sous-cultures" souvent urbaines, sortes d'identités recomposées, qui témoignent néanmoins d'une forme d'acculturation. Le rapport à la religion, c'est-à-dire la religiosité, se recrée sur deux modèles : soit le modèle néo-fondamentaliste, basé sur le respect d'un code strict de comportement, soit un modèle qui s'appuie sur une reformulation en terme de foi, plus sensible à la réalisation de l'individu et de ses valeurs. Cette reformulation de la religion par les (jeunes) musulmans occidentaux les amène à confondre culture et religion, pour en faire un même marqueur identitaire : le religieux est ethnicisé, donc politisé, pour faire reconnaître les musulmans comme une ethnie, phénomène qu'Olivier Roy appelle "néo-ethnicité". Cela s'accompagne assez souvent d'une crise de la structure familiale qui peut s'expliquer par le besoin de rompre avec les attaches culturelles d'origines, mais qui va à l'encontre de l'idée d'une population structurée autour de l'islam. L'islam "occidental" va alors au-delà des identités ethniques pour constituer une "identité commune, religieuse, englobante et universelle", le paradoxe étant que le musulman n'est plus forcément croyant ou pratiquant ! La religion devient donc un marqueur communautaire sans rapport avec la pratique religieuse réelle, où il s'agit avant tout de défendre une communauté musulmane menacée, nécessité qui ne peut se comprendre qu'en situation d'islam minoritaire. Le cas des jeunes de banlieues est exemplaire pour comprendre comment l'espace d'exclusion sociale devient objet d'une ethnisation, s'exprimant par le développement d'une culture "beur" dont les caractéristiques (langage, vêtements, musique) sont proprement occidentales, sur le modèle des blacks américains. La réislamisation en occident, reste un épiphénomène sectaire, autour des mosquées de quartier, témoignant d'une tentative malaisée de rétablir un lien entre religion et culture de la part des dirigeants communautaires. Cet effort vise à "définir une contre-société ou sous-culture dans un ensemble non musulman", ce qui oblige une approche plus personnalisée du croyant, insistant sur sa foi individuelle. On assiste à une individualisation propre au libéralisme, qui témoigne là encore d'une sécularisation de l'islam par un passage au modèle occidental. Olivier Roy énumère ainsi les causes visibles d'une perte de l'évidence religieuse : "dilution de l'identité et de la communauté ethnique d'origine, absence d'autorité religieuse islamique légitime, impossibilité de coercition juridique ou sociale pour inscrire la pratique religieuse dans le conformisme social". La foi devient donc l'objet d'un choix personnel, qui oblige les religieux à formuler autrement leurs discours, à se vendre. A défaut d'environnement coercitif, la stricte observance devient alors un choix personnel et non l'effet du conformisme social. L'anglais remplace l'arabe savant et va servir à vulgariser le religieux, diffusé à l'aide de nouveaux supports, ce qui remet directement en cause le statut des oulémas et la fréquentation des madrasas : le savoir dogmatique remplace le savoir critique et le croyant se détache peu à peu des institutions pour se considérer lui-même comme savant autodidacte. C'est toute une remise en cause de la hiérarchie qui est en jeu, le divin devenant l'affaire de chacun. Si les madrasas demeurent, elle font l'objet d'une privatisation, donc d'une atomisation des normes pédagogiques, qui ont pour conséquence la multitude des interprétations de l'islam. Dans ce contexte, Olivier Roy se demande si la recherche de la "réalisation de soi, la quête de la plénitude et de la dignité", ne sont pas l'expression d'un islam qui deviendrait humaniste. Les prêches se font plus pragmatiques, afin de proposer au croyant de quoi "donner un sens pour vivre dans un monde où la charia ne peut être une norme". Cela fait preuve d'un véritable souci de l'ego, d'une intériorisation de l'islam, qui amène le croyant à se demander ce qui est bénéfique au fait d'être musulman. C'est d'autant plus intéressant que cela s'accompagne du développement d'un "business de l'islam", donc d'une forme de consumérisme islamique ayant pour objectif d'apporter au croyant ce dont il a besoin pour vivre pleinement son islam. La référence à l'éthique et à la spiritualité seraient tout autant de signes d'une "humanisation" de l'islam… Et dans cette quête d'humanisme transparaît le besoin de reconnaissance et l'envie de plus en plus visible de la part de l'islam de se faire entendre et comprendre par son nouvel environnement. Il est donc fréquent que les associations islamiques assimilent des formes d'organisation propres à intervenir dans la sphère publique, ce qui implique une étatisation de la religion et de sa représentation, par la constitution "d'Eglises musulmanes" : l'Etat reconnaît des médiateurs religieux comme représentants d'une communauté virtuelle, faisant de l'islam une religion comme toutes les autres, victime au même titre que les autres de la sécularisation. En tant que minorité ethnique (ou néo-ethnique) reconnue, les musulmans se retrouvent donc en position de réclamer une juridiction communautaire particulière, donc d'entrer dans le cadre légal défini par l'Etat. On est à la limite d'une remise en cause de la laïcité, puisqu'au nom d'un droit communautaire, on crée des particularismes religieux. Mais à côté du problème lié à la question de la laïcité, il est intéressant de voir que l'islam se retrouve à devoir argumenter avec une dialectique "droit-de-l'hommiste" pour faire valoir son droit communautaire : on revient à la question de l'humanisation de l'islam. Ce que développe surtout Olivier Roy, c'est le paradoxe qui réside dans ceci que l'islam révolutionne ses valeurs en fonction de la société occidentale, afin de mieux se propager. C'est pourquoi on assiste à une réislamisation massive, par la "réappropriation d'éléments importés sur un mode islamique" d'une part, mais encore par la méthode post-islamique de "réactivation des thèmes traditionnels et des coutumes". L'islam se réapproprie la modernité et se diversifie par la prolifération de nouveaux acteurs agissant sur le modèle associatif, plus individualiste et autonome vis-à-vis de l'Etat : ce qu'Olivier Roy appelle les "néo-confréries". Plus proche de la "société civile", ces nouveaux acteurs correspondant à une forme plus populaire de religiosité. L'accès à ces confréries se fait de manière individuelle et directe, sans qu'il y ait un parcours initiatique, et son rôle est avant tout social, exerçant une activité missionnaire et cherchant à jouer un rôle dans la vie politique, par la formation de nouveaux groupes identitaires. Plus proche d'une vision philosophique de l'islam, ces confréries qui ont tout des sectes, sont une nouvelle peau donnée au soufisme, se caractérisant par leurs pratiques diversifiées de la religion et s'opposant de ce fait catégoriquement au néo-fondamentalisme des salafistes. S'ils sont en effet à l'opposé des soufistes dans leur conception de l'islam, les salafistes qu'on appelle plus communément wahhabites, ne représentent pas moins ces nouvelles formes de la réislamisation impulsées par une libéralisation des pratiques prosélytes. Le regain d'intérêt pour les salaf, les compagnons du prophète Mohammed, est déjà vieux d'un siècle et reste encore en grande partie l'apanage des wahhabites saoudiens, mais prend aujourd'hui un nouveau visage avec les néo-fondamentalistes. Ce mouvement se caractérise par un refus du compromis, voire le rejet catégorique des autres religions, mais aussi par le désintérêt pour les questions sociales et la vie terrestre. Le but premier des salafistes est le combat contre l'hérésie par la stricte application de l'islam et la lutte contre l'occident. Davantage porté sur le djihad que sur la prédication, la vision salafiste insiste sur la question du salut, lui-même conditionné par la foi, résumée à la distinction du licite et de l'illicite. Tout est ramené à une analyse littéraliste du message coranique, la soumission à la norme islamique constituant le seul objectif. Ce qui est nouveau avec les néo-fondamentalistes, c'est l'utilisation (paradoxale au vu de leur rejet de la modernité) d'Internet pour capter un auditoire néophyte et bien souvent occidentalisé. Contrairement aux apparences, le wahhabisme saoudien et celui des néo-fondamentalistes se retrouvent autour d'une même conception de la foi, faisant fi des concepts de culture, de tradition et d'histoire au profit de la seule religion, la seule contradiction entre les deux résidant dans leur position stratégique ou institutionnelle vis-à-vis du djihad. Olivier Roy prétend que l'expansion d'un néo-fondamentalisme anti-occidental et déterritorialisé fait partie intégrante de l'histoire du wahhabisme saoudien : le régime saoudien a toujours été partagé entre le pragmatisme politique inhérent à l'exercice du pouvoir et une conception rigoriste de l'islam. Cela s'est toujours traduit par une collaboration étroite avec l'occident, assortie d'un islam radicalement anti-chrétien. Ce seraient donc essentiellement les pétro-dollars qui auraient permis aux saoudiens de financer en sous-main le développement des réseaux islamistes à travers tout le Moyen-Orient, avec l'objectif de combattre les "formes nationales ou populaires de l'islam" ainsi que le nationalisme arabe propre aux chiites et favorable à l'expansion d'un communisme laïc. Cette déstructuration des sociétés traditionnelles impulsée par l'analyse hanbalite du Coran (caractérisée par un anti-intellectualisme visant à cantonner la réflexion théologique à la question du licite et de l'illicite) s'inscrit dans une globalisation qui se caractérise par la déstructuration des sociétés traditionnelles et la reconstitution de communautés imaginaires à partir de l'individu. Pourtant, ce n'est pas tant une nouvelle culture qui se développe, mais un déni de culture : l'idée est que le retour au "vrai islam" peut s'effectuer quelle que soit le milieu culturel, en s'axant sur le respect étroit des rites, obligations et interdits, tout en participant à une déconnexion vis-à-vis de ce même milieu culturel. Cela sous-entend donc une négation de l'histoire des grandes civilisations musulmanes qui intègrent une tradition multiculturaliste, voire universaliste, qui n'est pas compatible avec la lutte des néo-fondamentalistes contre toutes les formes de normes sociales ancrées dans la tradition. Ils participent donc à l'affaiblissement des cultures traditionnelles au même titre que la globalisation, qui comme eux s'oppose à toute recomposition communautaire basée sur des critères ethniques ou néo-ethniques. Ce rejet de tout ce qui obéit de près ou de loin à des codes autres que ceux du Coran et des hadiths, finit par couper les néo-fondamentalistes non seulement d'un occident qu'ils méprisent, mais également d'un monde musulman multiculturel. Cette acculturation provoque un replis sur soi communautaire qui détruit tout autant les solidarités que les identités traditionnelles. Olivier Roy pointe ici l'incapacité pour les néo-fondamentaliste de distinguer la "marge entre normes explicites et pratiques réelles", la religion étant réduite au Code et à la Dévotion : toute pratique est précédée d'une réflexion sur sa conformité avec l'islam. L'attitude des Talibans lorsqu'ils étaient au pouvoir est a cet égard significative : du matin au soir, toute la vie du musulman était organisée selon des codes stricts établis en fonction de la distinction faite entre le licite et l'illicite. Cette rigueur ne peut alors attirer que de jeunes déracinés en quête d'identité, trouvant dans ces codes le moyen de se reconstruire par la foi et des pratiques en accord avec l'islam, et dont la motivation reste celle de plaire à Dieu pour obtenir le salut. Reconstruire une identité implique la constitution d'une communauté nouvelle, ce à quoi les néo-fondamentalistes parviennent en participant à la création d'une "oumma imaginaire" qui s'affranchit de toutes les distinctions traditionnelles d'ethnie, de culture ou de langue. Olivier Roy parle d'une "hégire intérieure vers des espaces islamisés, qu'ils soient réels ou virtuels". Les espaces réels ont quant à eux tous pour vocation de devenir terre d'islam, ce qui rejoint une dimension utopique propre aux néo-fondamentalistes : toute terre, qu'elle soit occupée ou nom, appartient à Allah et n'attend que d'être recolonisée. Ce travail, dans la réalité, consiste à établir des espaces islamisés autour de foyers de diffusion, souvent de mosquées de quartiers. Ces communautés locales, qui prennent la forme d'émirats le plus souvent dans le monde musulman, sont reliées au reste du monde par des réseaux, accompagnés d'une économie parallèle qui permet de contourner l'Etat en participant à la création d'une identité, un pouvoir et un contrôle social fondés sur la charia. Et, paradoxalement, ce n'est pas le pèlerinage qui va constituer le lien entre tous les "individus musulmans" de cette oumma virtuelle, mais Internet. Les prédicateurs du web véhiculent cette image d'une communauté déterritorialisée et leur évocation d'un territoire imaginaire reprenant les formes du "dar ul islam" (pays de l'islam) de l'âge d'or, donne corps à la nécessité de reconquête dont les combats se jouent désormais sur les marges du monde musulman réel (Tchétchénie, Balkans, Palestine, Cachemire) et jusque sur les réseaux virtuels. Olivier Roy consacre
ensuite un grand paragraphe au rôle joué par les islamistes sur la Toile et
leur méthodes pour rallier les individus isolés en quête de conseils. Internet
recentre la religion sur l'individu et lui donne un panel de réponses pour
pallier son isolement et lui permettre de vivre sa foi en accord avec les
préceptes du coran. Ainsi, l'évidence sociale est effacée et le rapport à
l'environnement réel s'amenuise, construisant autour de l'individu un espace de
substitution qui n'a presque jamais pour objectif son insertion dans la
société. Internet permet également une démarche individuelle en direction de la
religion, chacun y allant de son initiative pour construire une part d'oumma
sur la toile : Olivier Roy fait le constat d'un essor de l'autodidactisme et de
l'auto-proclamation, c'est-à-dire le contournement des institutions
traditionnelles (écoles et universités coraniques) pour s'ériger soi-même en
détenteur d'un savoir lié directement au corpus de base, sans l'intermédiaire
classique des docteurs de la foi. La religion devient une "modalité de
socialisation" qui s'affranchit du temps et des procédures
traditionnelles. Olivier Roy va même jusqu'à évoquer un consensus circulaire
établi par les liens récurrents entre les sites. A côté de cela, l'utilisation
de l'anglais, le développement d'un islamo-business, la négation du principe
d'autorité et la quête narcissique de l'individu, engendrés par Internet,
s'inscrivent totalement dans les processus de globalisation propres au
libéralisme occidental. Ce qui est développé à travers la Toile, et qui
appartient au néo-fondamentalisme, c'est d'une part l'adhésion individuelle
mais aussi la référence à un islam qui ne s'intéresse pas à sa propre histoire
ni aux dynamiques sociales qui l'ont faite. "Instrument de
déculturation", Internet participe à la sécularisation de l'islam dans
la mesure où il soustrait le religieux du réel pour le rendre omniprésent dans
l'espace virtuel. En conclusion, l'auteur revient sur l'échec de l'islam politique, expliquant que l'autonomisation du politique par rapport au religieux et le fait de se mouler dans le cadre national a transformé l'islam pour en effacer la dimension idéologique. Le retour constaté au religieux devient alors une façon de reconstituer une identité religieuse en dehors du cadre territorial. Les Etats islamiques et les mouvements djihadistes sont renvoyés à dos et leur manque de cohésion est décrit comme un casse-tête qui explique l'incapacité pour les Etats-Unis de trouver leur ennemi, qui la plupart du temps prend sa racine au sein même des Etats les plus sûrs alliés des Etats-Unis : le Pakistan ou l'Arabie Saoudite. Face à un islam déterritorialisé, les Etats-Unis ne peuvent plus mener de guerre de conquête et les opérations d'occupations menées (Afghanistan, Irak) se soldent forcément par un échec. En définitive, la démocratie ne trouve de terreau favorable que dans le nationalisme, lui-même contenu dans une "société civile autonome composée de citoyens entrepreneurs rationnels". Olivier Roy termine en énonçant l'absence de toute géostratégie de l'islam, qui elle-même engendre l'incapacité pour l'Occidental de dresser un tableau des réalités de l'islam contemporain. |
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